Seules les cartes nous auront protégé du nuage de Tchernobyl

Publié le par Baobald

Le 26 avril 1986 : l’humanité connut sa plus grande catastrophe nucléaire civile avec l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, et la libération d’un nuage radioactif qui survola et contamina une grande partie de l’Europe. En France, il en résulte le mythe selon lequel le nuage se serait arrêté à la frontière, épargnant le pays des retombées radioactives. De nombreux rapport d’experts ont depuis, largement démontré le contraire.
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A l’origine, le bulletin météorologique de Brigitte Simonetta, diffusée le 30 avril sur Antenne 2,  annonce que l’anticyclone des Acores localisé au dessus de la France représente un bouclier infranchissable contre le nuage. Et pour bien appuyer visuellement cet argument, la rédaction aurait proposé d’utiliser un panneau STOP.
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stop-copie-1.jpgCopyright INA
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Cette carte ne fait pas apparaître le nuage radioactif, telle une menace invisible, on ne sait pas du tout où il se trouve. Remarquez, pourquoi s’inquiétez ? On ne peut qu’imaginer que notre nuage respecte le code de la route et donc ce panneau STOP si judicieusement placé en plein sur la frontière. Mais à bien y réfléchir, le choix de ce symbole cartographique, dont la finalité était de nous rassurer, était-il le plus approprié ? J’aurais personnellement préféré un « sens interdit » : car après avoir marqué l’arrêt au panneau, qu’est-ce qui empêche notre nuage de regarder à droite, puis à gauche, pour s’assurer que la voie est libre et de continuer tranquillement sa route ?

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La carte météorologique, parue dans Libération fait apparaître le nuage radioactif. L’impact visuel de cette carte est très réconfortant ... Enfin pour ceux qui ne se retrouvent pas dans cette inquiétante masse noire.

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carte_libe-copie-1.jpgCopyright Libération
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Cette carte nous indique formellement que nous avons bénécié d’un prodigieux concours de circonstance, avec la présence de l’anticyclone des Acores bien ancré sur la métropole française. Mieux, notre allié des Acores ne pouvait pas nous laisser tomber, dans la mesure où les vents venant de l’Ouest lui permit de repousser le terrible nuage noir vers l’Est. Et si nous n’étions toujours pas convaincus que cet anticyclone fut francophile, remarquez à quel point son effet sur le nuage radioactif s’avérât favorable : celui-ci décrit un arc de cercle qui épouse à la perfection les frontières du pays !
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Alors pour savoir si oui ou non la France fût épargnée par le nuage de Tchernobyl, il est possible de répondre oui … mais dans les cartes.
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Sources :
Article de Wikipedia sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl
La revue n°27 de Sortir du nucléaire (juillet 2005)


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Botica 11/02/2008 17:34

Ah, le coup de Tchernobyl ! Un grand moment d'histoire de la Ve République !
Vous avez dit démocratie ? Les citoyens ne sont que des enfants, c'est bien connu !
Moi, à l'époque, étudiant sans télé (tiens, j'étudie encore ?), je suis passé à côté de la désinformation. Comme quasiment tous mes compatriotes, je suis sorti sans m'inquiéter pendant cette période dangereuse. Mais au moins, je n'ai pas victime du bourrage de crâne ! Je me console comme je peux.

Je connais des personnes qui vivaient à Forbach à ce moment-là. Côté français, les enfants jouaient insouciants dans les cours d'école, tandis qu'à quelques mètres de là, les petits allemands du même âge étaient sagement confinés.

Les frontières, création de la bêtise humaine, sont un des phénomènes géographiques qui me fascinent le plus. Ce ne sont pas que des tracés sur des cartes, mais des réalités qui s'observent aussi bien à l'oeil nu, comme dans l'exemple que je viens de citer, que sur une image satellite (comme la frontière États-Unis-Canada, qui se voit par un parcellaire différent, alors que rien ne semble plus artificiel que son tracé).

Baobald 13/02/2008 09:19

Merci pour ta contribution. Ca me donne envie de faire un billet sur les frontières visibles, et sur des ressentis que l'on retrouve habituellement en lisant les cartes, mais paradoxalement à partir d'une photo satellite ou aérienne, quand le réel rencontre l'abstrait ... un aspect intéreressant !