Jeudi 29 mai 2008
Cette carte de Fred. W. Rose datant de 1899 est une belle réussite de carte anthropomorphique, dépeignant chaque pays européen sous les traits de personnages ou d’animaux en lien avec son actualité et les frontières du moment.
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« Angling in troubles waters » (la pêche en eaux troubles) est d’une grande richesse historique et témoigne d’une Europe en pleine fièvre colonisatrice, et dans la montée des nationalismes qui a conduit 15 ans plus tard à la première guerre mondiale. La « pêche » est en fait une métaphore qui illustre ces pays colonisateurs (en particulier la Grande-Bretagne, la France et la Russie) lançant leurs lignes à la conquête de nouveaux territoires, les poissons représentant leurs proies.
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Alors qu’elle poursuit sa politique coloniale, la France est secouée par de graves crises politiques et sociales. L’affaire Dreyfus connaît en 1899 son paroxysme et déchire la France entre pro et anti-dreyfusards. La carte de France fait aussi référence au scandale politico financier lié à la construction du canal du Panama. A remarquer que le souvenir de Napoléon, 94 ans après la bataille de Waterloo restait vivace dans l’esprit de l’auteur d’origine britannique, comme en témoigne sa figuration en lieu et place de la Corse. A remarquer que le fait d’appeler « English Channel » ce bras de mer nommé en France « la Manche » ne laisse aucun doute sur la nationalité de Fred. W. Rose.
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En Espagne, le peuple montre son mécontentement à sa monarchie et ses dirigeants après sa défaite dans la guerre hispano-américaine de 1898, désignée comme le désastre de 98, et qui a vu la perte de Cuba (indépendance), et l’appropriation par les Etats-Unis des Philippines, de Puerto-Rico et de l’île de Guam.
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L’Empire Ottoman, dont est issu la Turquie, est présente en Europe notamment en Bulgarie et en Albanie. Les deux têtes de mort font référence au génocide perpétré en Arménie et aux massacres en Bulgarie. La Grèce, qui a acquis sont indépendance en 1930 revendique en la montrant du doigt l’île de Crète, sous emprise Ottomane à cette date.
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La Suède et la Norvège sont unis dans un même royaume depuis la défaite de la Norvège lors d’une brève mais décisive bataille en 1814. Bien que la Norvège disposa d’une large autonomie, de nombreuses dissensions causèrent des tensions entre les deux pays et l’union pris fin en 1905.
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LAutriche-Hongrie pleure l’assassinat en 1898 de l’impératrice Elisabeth par un anarchiste. En France elle est surtout connu par son surnom « Sissi ».
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La Russie envoie des signes de paix à l’aide d’une branche d’olivier, cependant, certains pays comme l’Allemagne se méfient de sa puissance.
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La Grande-Bretagne s’enrichit pleinement de sa pêche, et tient dans ses filets l’Irlande.
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Au final, voici un bel exercice graphique qui associe géographie et histoire dans un même document, qui propose un support ludique intéressant pour enseigner cette partie de l’histoire européenne à des enfants.
Par Baobald - Publié dans : Insolites
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Mercredi 23 avril 2008

Il est d’usage, de nos jours, que les pays se présentent dans le cadre d’un espace territorial précis sur leurs cartes. Cela n’est pas le cas pour la série de cartes du Pakistan présentée sur le site du ministère des affaires étrangères du pays, et pour laquelle les auteurs n’ont pas tracé de frontière au contact de la Chine, et indiquent que rien n’était encore décidé à ce sujet. Au demeurant, aucune frontière n’est mentionnée entre les différents pays voisins que sont l’Afghanistan, la Chine et l’Inde.

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Shéma récapitulatif des cartes du Pakistan sur le site du ministère des affaires étrangères

 

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Ces absences de frontières sont indubitablement liées aux contentieux territoriaux autour du Cachemire. Au premier plan, l’Inde et le Pakistan se disputent le territoire depuis leurs accessions respectives à l’indépendance (1947), et en administre chacun une partie de part et d’autre de la ligne de contrôle imposée par l’Onu en 1949, après un premier affrontement militaire. Le Pakistan a toujours revendiqué un territoire peuplé en majorité par des populations musulmanes, au nom du rassemblement de ces derniers au sein d’un même pays. Cette vision est le principe même qui a mené à la création du Pakistan, et par lequel Islamabad refusa d’adhérer à l’Union indienne. L’Inde estime quant à elle que le Cachemire la rejointe de manière tout à fait légale, à la demande du prince hindou - le maharadja Hari Singh - qui la gouvernait en 1947, et avance la vision gandhienne d’une Union indienne multiconfessionnelle. Ces deux visions antagoniques sont à l’origine des conflits et frictions entre ces deux pays.

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Mais le Cachemire est aussi administré dans la région de l’Aksai Chin par Pékin, depuis sa victoire militaire sur l’Inde en 1962.

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Le Cachemire "réel"

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Pour régler le conflit du Cachemire qui l’oppose à l’Inde, le Pakistan a toujours adopté une stratégie d’internationalisation, appelant la communauté internationale à faire pression sur New Delhi pour l’organisation d’un référendum auprès des cachemiris. Régionalement, la Chine a été un allié de poids contre l’Inde, du milieu des années 50 aux années 80. Pékin et New Delhi ont connu un grande rivalité pendant cette période. Depuis les années 90, bien que de nombreux contentieux territoriaux ne soient toujours pas réglés, les deux pays ont tendance à se rapprocher, et la Chine ne prend plus officiellement le parti d’Islamabad pour la résolution du conflit indo-pakistanais au Cachemire.

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Sur les cartes du Ministère des affaires étrangères, le Cachemire n’apparaît ni dans les frontières de l’état princier gouverné par Hari Singh, ni dans les limites des zones administrées par les trois pays en présence. Du côté pakistanais, l’Azad Cachemire ainsi que la partie orientale des « Territoires du Nord » ne sont pas reproduites. Les jeux de couleurs dissocient un Pakistan officiellement défini, intégrant la région de Giglit, au reste du territoire disputé (et mentionné comme tel) entre l’Inde et le Pakistan dans une couleur plus estompée. La revendication territoriale est symbolisée par la continuité de la frontière mais qui disparaît au contact de l’Aksaï Chin. Ainsi, la reconnaissance par le Pakistan de la souveraineté chinoise sur cette dernière région n’apparaît pas de manière formelle, sinon la frontière aurait été clairement dessinée. Du côté chinois les cartes officielles intègrent sans ambiguïté l’Aksaï Chin. Bien que n’ayant personnellement rien trouvé sur Internet qui rapporte des revendications pakistanaises à propos de l’Aksai Chin, la mention de « frontière non délimitée » sur les cartes du Ministère peut être perçu de manière équivoque.

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Cette indécision laisse-t-elle supposer d’éventuelles aspirations à intégrer l’Aksaï Chin ? Que penser de la carte du Pakistan présentée sur la page d’accueil du du gouvernement et qui englobe bel est bien cette partie (zoomer dans la partie "where is pakistan")?

Par Baobald - Publié dans : Frontières et toponymies contradictoires
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Dimanche 9 mars 2008
Tous les géographes vous le diront, une carte doit toujours comporter un repère qui permette au lecteur de s’orienter par rapport aux points cardinaux. Sur les cartes actuelles du monde, cet aiguillage se fait généralement avec le Nord en haut. Mais ce sens est issu de l’ère des grands explorateurs européens, qui ont révolutionné les représentations graphiques du monde,  pas seulement en y ajoutant de nouvelles terres, mais en changeant tout bonnement le sens de lecture des cartes. Auparavant et pendant le Moyen-Âge, il était de coutume que les cartes européennes se tournent vers l’Est.

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C’est le moment de rappeler que le mot « orienter » a été formé à partir de « orient », qui désigne l’Est. L’étymologie de ce mot témoigne que c’est ce point cardinal qui a été choisi en Europe, la première fois qu’il a été décidé de donner un sens aux mappemondes. La religion et la conception chrétienne du monde sont à l’origine de ce choix. Sur les cartes, l’Est est la direction du soleil levant par analogie avec le Christ, et/ou selon la tradition, celle du paradis terrestre.
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 Carte du monde Ebstorfer (XIV°siècle?) l'Est en haut et centrée sur Jérusalem
disponible au bout de ce lien en copyleft

Ebstorfer-stichPT-copie-1.jpg

.Détail du haut de cette carte : l'Est est symbolisé par le Christ et auquel est associé la localisation du paradis terrestre, quelque part vers les Indes Ebstorfer-stichDET-copie-1.jpg .
La prière liturgique, qui remonte aux origines du christianisme, se tourne traditionnellement  vers le Christ vu comme « le soleil qui se lève » (Lc 1,78) dans l’attente de son retour. Ainsi la renaissance du soleil et celle du fils de Dieu ne font qu’un. Et tout comme furent bâties les églises anciennes, les cartes se dirigeaient donc ainsi vers l’Est.

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Par ailleurs, il semble déconseillé de provoquer les colères divines. L’une d’elles aurait conduit au Déluge qui serait devenu le premier génocide humain, en n’épargnant que huit personnes. Mais les pluies et inondations catastrophiques auraient entraîné la disparition du Paradis originel, où Adam et Eve auraient vécu au commencement du monde. De nombreux nostalgiques de l’Âge d’or antédiluvien préférèrent croire que le jardin d’Eden n’avait pas vraiment disparu, bien qu’inaccessible. Mais où le chercher ? C’est la Genèse (II,8-II,15) qui aurait inspiré la croyance de sa localisation vers l’Est, en indiquant que « l’Eternel avait placé l’homme en Eden, du côté de l’Orient ». C’est pourquoi d’anciennes cartes chrétiennes pointant vers l’Est font figurer cette terre idyllique, à l’instar d’Isidore de Séville (v. 560-636, l’auteur de la première carte en T) qui dans les Étymologies (XIV, 3, 11) l'avait placé aux confins de l'Asie.
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C'est pour l'une ou ces deux raisons que l’Europe chrétienne du Moyen-âge orientait ses cartes (dans le sens originel du mot), les marquant de cette manière d’un fort symbolisme religieux. Il est de plus possible d’envisager qu’il est tellement difficile d’atteindre le paradis, qu’il fallait monter jusqu’au sommet de la carte pour y arriver.
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L’exploration de la Terre et les progrès scientifiques ont amené les européens à abandonner progressivement leurs repères chrétiens pour s’organiser et expliquer le monde qui les entoure. La réorientation des cartes du monde vers le Nord, attribuée à l’usage de la boussole, illustre ce changement dans le domaine de la cartographie.

Par Baobald - Publié dans : Qui est au centre ?
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Mercredi 20 février 2008
La Préciosité est une mouvement littéraire et intellectuel porté par une partie de la noblesse du XVII° siècle, qui, pour s’opposer aux manières qualifiées de rustres, valorisait un mode de vie  pudique et raffiné à l’extrême dans les manières et le langage. Ce mouvement a fortement contribué au renouvellement du vocabulaire français, tandis qu’il est surtout connu pour avoir été tourné en dérision par Molière, avec sa célèbre pièce « Les précieuses ridicules ».
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C’est dans le cadre de ce courrant de pensée que fut éditée la carte du pays du Tendre, qui est la représentation cartographique de la conception de la relation amoureuse selon Clélie(1).
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Carte du pays du Tendre
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Carte_du_tendre_pt.jpg
Plus précisément, cette carte indique les trois sentiments qui mènent, chacun, de la rencontre à la tendresse (l’affection pour quelqu’un), mais si cela se passe mal, à l’indifférence ou à l’hostilité.
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Carte_du_tendre_extrait.jpg Le point de départ du cheminement et du sens de lecture de la carte est la ville de Nouvelle Amitié, au Sud et au moment où se fait la première rencontre. A partir de là, trois chemins sont possibles. Ils correspondent aux trois sentiments en question qui sont représentés par les trois capitales, prenant leur nom des trois cours d’eau : Tendre sur Estime, Tendre sur Inclination et Tendre sur Reconnaissance. L’inclination est ce penchant amoureux qui ne saurait s’expliquer ; il suffit de se laisser emporter par le fleuve homonyme pour arriver à la tendresse. Par contre, la voie terrestre est obligatoire pour atteindre les deux autres capitales, et les tendresses suscitées par l’estime et la reconnaissance. Des étapes sont représentées par des villages, par lesquels il faut passer, où qu’il vaut mieux éviter (tels Méchanceté, Légèreté ou encore Indiscrétion) pour ne pas tomber dans le lac d’Indifférence, ou la mer d’Inimité (à l’Ouest).  Ainsi, et pour atteindre Tendre sur Estime, il faut passer par Grand Esprit, les villages de Jolis Vers, Billet Galant et Billet Doux. Ces formalités passées, les villages suivants expriment les qualités indispensables, comme Sincérité puis Grand Cœur, Générosité avant Bonté, et pour ne citer qu’eux.  La reconnaissance est obtenue après Petits Soins et Grands Services, en n’esquivant pas Complaisance ou Confiante Amitié.
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Au terme du voyage et après être arrivés à la fameuse tendresse, les explorateurs du pays du Tendre atteignent vers le Nord les côtes de La Mer Dangereuse, où peut éclater la passion amoureuse. La passion est tumultueuse, comme en attestent les nombreux écueils. Et si la mer est traversée, un nouveau continent inconnu s’ouvre aux amoureux, la Terra Incognita représentant vraisemblablement la vie de couple.
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Voici donc un bel exemple de carte, qui plutôt que de susciter des ressentis, s’est appuyé sur eux pour sa conception. C’est aussi un exemple intéressant de rapprochement des disciplines, entre les Lettres et la Cartographie.
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La carte du pays du Tendre est téléchargeable en grande résolution à cette adresse, et libre de droits.

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(1) Clélie, Histoire romaine de Madeleine de Scudéry

Par Baobald - Publié dans : Insolites
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Dimanche 10 février 2008
Le 26 avril 1986 : l’humanité connut sa plus grande catastrophe nucléaire civile avec l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, et la libération d’un nuage radioactif qui survola et contamina une grande partie de l’Europe. En France, il en résulte le mythe selon lequel le nuage se serait arrêté à la frontière, épargnant le pays des retombées radioactives. De nombreux rapport d’experts ont depuis, largement démontré le contraire.
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A l’origine, le bulletin météorologique de Brigitte Simonetta, diffusée le 30 avril sur Antenne 2,  annonce que l’anticyclone des Acores localisé au dessus de la France représente un bouclier infranchissable contre le nuage. Et pour bien appuyer visuellement cet argument, la rédaction aurait proposé d’utiliser un panneau STOP.
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stop-copie-1.jpg Copyright INA
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Cette carte ne fait pas apparaître le nuage radioactif, telle une menace invisible, on ne sait pas du tout où il se trouve. Remarquez, pourquoi s’inquiétez ? On ne peut qu’imaginer que notre nuage respecte le code de la route et donc ce panneau STOP si judicieusement placé en plein sur la frontière. Mais à bien y réfléchir, le choix de ce symbole cartographique, dont la finalité était de nous rassurer, était-il le plus approprié ? J’aurais personnellement préféré un « sens interdit » : car après avoir marqué l’arrêt au panneau, qu’est-ce qui empêche notre nuage de regarder à droite, puis à gauche, pour s’assurer que la voie est libre et de continuer tranquillement sa route ?

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La carte météorologique, parue dans Libération fait apparaître le nuage radioactif. L’impact visuel de cette carte est très réconfortant ... Enfin pour ceux qui ne se retrouvent pas dans cette inquiétante masse noire.

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carte_libe-copie-1.jpg Copyright Libération
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Cette carte nous indique formellement que nous avons bénécié d’un prodigieux concours de circonstance, avec la présence de l’anticyclone des Acores bien ancré sur la métropole française. Mieux, notre allié des Acores ne pouvait pas nous laisser tomber, dans la mesure où les vents venant de l’Ouest lui permit de repousser le terrible nuage noir vers l’Est. Et si nous n’étions toujours pas convaincus que cet anticyclone fut francophile, remarquez à quel point son effet sur le nuage radioactif s’avérât favorable : celui-ci décrit un arc de cercle qui épouse à la perfection les frontières du pays !
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Alors pour savoir si oui ou non la France fût épargnée par le nuage de Tchernobyl, il est possible de répondre oui … mais dans les cartes.
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Sources :
Article de Wikipedia sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl
La revue n°27 de Sortir du nucléaire (juillet 2005)


Par Baobald - Publié dans : Propagande et désinformation
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Dimanche 16 décembre 2007
Soucieux de développer de son économie en attirant des investissements, le Conseil de développement du Doncaster (une ville du Sud du Yorkshire au centre de l’Angleterre) semblait craindre, au milieu des années 70, de ne représenter que bien peu d’intérêt aux yeux des grands décideurs basés à Londres. Ce Conseil serait donc à l’origine de cette carte satirique, datée de 1974, épinglant un perçu spatial archi-réducteur et péjoratif des londoniens à l’égard de l’ensemble de la Grande Bretagne, mais aussi de l’Irlande.
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Sur cette carte, les londoniens ne connaissent pas grand chose de leur pays en dehors de la grande périphérie de leur ville. Comment s’intéresser en effet au reste des îles britanniques dans la mesure où ces territoires se trouvent en dehors de la civilisation ? C’est ce qui est précisé à partir de la ville de Potters Bar, et au Nord comme vers l’Ouest, les territoires sont considérés comme sous développés et hostiles. 

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Carte parue dans l'ouvrage de Roger Brunet (La carte mode d'emploi), d'après P. Gould

doncaster2.jpg

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Tout à l’Ouest, la Cornouailles est perçue comme le bout du monde. Un bout du monde isolé, et sans importance, si on en croit l’annotation qui indique que « personne ne va jamais vers là-bas ». Dans la tradition, Land's End est, est l'une des deux extrémités de la Grosse-Bretagne, la deuxième appelée John o' Groats pour l’Ecosse.
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A partir de Potters Bar, on semble s’aventurer dans un arrière pays de plus en plus arriéré et sous équipé à mesure que le voyageur progresse vers le Nord. A partir de Manchester, c’est la fin des voies ferrées, et pour continuer il ne demeure plus que la grande route du Nord qui prend à son tour fin en Ecosse et à partir du Yorkshire. De là, il ne reste plus qu’un moyen de transport des plus rudimentaires : en effet, la traduction de « ox carts » est bien « chariot à bœufs ». Pauvres Ecosse et Yorkshire, tels que ces espaces sont perçus sur cette carte !  Les préjugés sont aussi climatiques, combien de londoniens pensent-ils vraiment que ces territoires sont situés au delà du cercle arctique, et baignent dans un espace marin jonché d’icebergs ? D’après la carte cela n’a rien d’étonnant car il suffirait de poursuivre le périple quelques miles encore plus vers le Nord pour atteindre le Pole Nord (une erreur de plus de 30° tout de même par rapport à la réalité). Je vous propose d'ailleurs de consulter un vrai carte du Royaume-Uni pour vérifier que le Yorkshire est au Sud de l'Ecosse, et non localisé aux mêmes latitudes. Et l’Irlande dans tous ça ? Je suppose qu’il s’agit de ce petit bout de terre sobrement agrémenté d’un point d’interrogation.
Par Baobald - Publié dans : Insolites
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Dimanche 9 décembre 2007

Où est le Nord ? En haut bien évidemment me répondrez-vous. Depuis la ville de Bordeaux et si je projette d’aller à Paris, je me dis que je me prépare à monter sur Paris, et que je descendrais sur Bordeaux dans le cas contraire. Si Nord est en haut, il en découle que le Sud est en bas, l’Ouest à gauche … et tout est ordonné comme j’en ai l’habitude. Pourtant cette organisation spatiale n’a rien de naturelle, car depuis l’espace il n’y a ni haut, ni bas. Depuis l’espace, en fait, il n’y a pas de sens.
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Encore une fois, ce qui aurait pu apparaître comme allant de soi vient d’une décision arbitraire,  qui est devenue une convention cartographique appliquée sur la majorité des cartes modernes. Ce choix est issu de l’époque des grandes découvertes européennes, alors que les navigateurs utilisaient l’étoile polaire pour s’orienter.
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Et là encore, tout le monde ne se retrouve pas dans ce type de représentation cartographique. Dans une vision hiérarchique du monde, ce qui est en haut a plus de valeur que ce qui est en bas. C’est pourquoi des lecteurs situés dans un pays de l’hémisphère Sud se sont sentis dévalorisés, infériorisés, avec les planisphères plaçant le Nord en haut de carte.
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En réponse, c’est à un australien, Stuart McArthur, lassé de toujours retrouver son pays dans un coin en bas du monde, que l’on attribue la première carte du monde à l’envers, ou plus justement qui place le sud en haut. Nationalité de l’auteur oblige, c’est ici l’Australie qui est localisée au milieu de ce «haut » .
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mcarthursmap2.jpg .
Cette version « corrigée » de la carte du monde a été publiée en 1979, et a connu un grand succès tant en Australie que dans d’autres pays de l’hémisphère Sud. C’est une carte très intéressante, d’une part parce qu’elle est aussi juste que les cartes qui présentent le Nord en haut, et qu’elle modifie totalement notre vison du monde. Des lecteurs néo-zélandais, australiens, ou encore philippins pourront se satisfaire de voir leur pays dans la position la plus valorisante du planisphère. L’initiative de McArthur a été depuis suivie par de nombreux autres exemplaires de cartes avec le Sud en haut, dites « south up » en anglais : en projection Peters, ou centrés sur un autre pays que l’Australie.

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Lundi 26 novembre 2007

Un espace marin de presque 1 million de km² situé au nord-ouest du pacifique, fait polémique entre les 2 Corées et le Japon au sujet de son nom reconnu à l’international. Elle s’appelle  Mer du Japon pour la quasi-totalité des pays du monde depuis son enregistrement à l'Organisation Hydrographique Internationale en 1928. Les coréens déplorent d’avoir été, de force, exclus de la prise de décision. Le pays était une colonie du Japon à cette époque, et n’avait donc pas de reconnaissance internationale.
. Sea-of-Japan-naming-dispute-JPG.jpg .
Mer orientale de Corée en Corée du Nord, c’est la Mer de l’Est en Corée du Sud. Ces deux pays semblent contester officiellement la décision depuis leur libération, en 1945, et sont les seuls à ne pas utiliser la Mer du Japon dans leurs atlas. En 1992, la Corée a porté sa réclamation auprès de l’organisme de l’ONU chargé de la standardisation internationale des noms, la Commission statistiques des Nations unies. Depuis quelques années le VANK(1) mène une importante campagne de lobbying sur Internet. Ce réseau reprend tous azimuts les personnes ou les cartes qui nomment de manière publique cette espace, la Mer du Japon et non pas Mer de l’Est. Aujourd’hui, la plupart des cartes, de l’ONU, ou des principaux atlas en ligne (National geographic, Lonely planet, World atlas), voit cette zone marine avec les deux appellations, l’une ou l’autre entre parenthèses.
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Alors Mer de l’Est ou Mer du Japon ? Voilà deux appellations pour lesquelles il faut jongler avec précaution. C’est ce qu’a  expérimenté Philippe Rekacewicz pour la publication de ses cartes. Enfin c’est une affaire d’Etats, puisque les Ministères des affaires étrangères respectifs ont clairement pris position, et ce de manière très argumentée, sur leurs sites Internet.
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Croquis de P. Rekacewicz

japon-2-dc749.jpg .
Selon le VANK, la Mer de l’Est est appelé ainsi par les coréens depuis 59 Av JC, alors que la  Mer du Japon est beaucoup plus récente. La première référence serait une carte italienne de 1655 avec Oceano borial del Gappone. Pour la Corée, la mer de l’Est permet de donner un repère géographique, comme le ferait la mer du Nord en Europe. La mer est naturellement perçue à l’Est depuis des lustres. D’accord, mais ça coince pour les japonais pour qui cette mer est à l’Ouest. De quoi en perdre la boussole. Les japonais n’ont donc rien à voir avec la mer de l’Est, et le Ministère des affaires étrangères japonais souhaite ardemment que les atlas mondiaux conservent la Mer du Japon. Mais là cela pose un problème aux coréens, à cause du souvenir douloureux de l’annexion du pays pendant la première partie du XX° siècle. Nommer c’est aussi s’approprier.
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Quand on est étranger à un contexte, ici deux, il est plus facile d’avoir une opinion sans ressenti affectif. Je remarque que chaque camp se reproche mutuellement la même chose, et partage finalement le même sentiment de dépossession. Il leur serait avisé de se rendre compte que jamais ni la mer de l’Est, ni la mer du Japon ne parviendra à faire consensus, et de trouver un nom alternatif. En attendant sur les atlas mondiaux, cette mer gardera ses deux noms, et révèlera un malaise entre les 2 pays.

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(1) Voluntary Agency Network of Korea
Par Baobald - Publié dans : Frontières et toponymies contradictoires
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Mercredi 21 novembre 2007
Dans la quête d’une carte de la Terre, qui à la fois conserverait les proportions des continents tout autant que leurs formes connues, tout en parvenant à passer de la représentation du globe terrestre à une surface plane, il semble que cela soit la projection de Fuller qui s'en rapproche le plus. La projection de Fuller a été créée par Richard Buckminster Fuller en 1954. Elle est appelée en anglais Dymaxion map, contraction de « dynamic maximum Tension ».

Dymaxion-2003-Fuller.gif

Fuller à eu recours à une forme géométrique en 3 dimension (un polyèdre) : l’icosaèdre, qui est un polyèdre à 20 faces. Ces 20 faces deviennent des triangles sur lesquels Fuller a projeté 20 morceaux de Terre, qui de cette manière ont subit très peu de distorsion.   
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Ce planisphère implique une perception de lecture universelle, sans hiérarchisation des terres émergées. Tous les terriens sont à égalité de traitement (cartographique) dans cette projection.

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Dymaxion-map-unfolded-JPG.jpg .

Ni le Nord ni Sud, donc ni le haut ni le bas, n’existent sur cette carte. Les repères cardinaux utilisées sur la majorité des cartes viennent d’une création des cartographes européens, et qui ont notamment décidé que le Nord serait en haut. Dans l’inconscient, le haut est associé au mieux, en position de supériorité par rapport au bas. C’est ce perçu qui a conduit au changement de nom des départements français qui comprenaient le qualificatif « bas » ou « inférieur » dans leur intitulé. La projection Fuller n'indique donc pas de sens de lecture.
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Cette carte, issue d’un travail à partir d’images satellites, unifie tous les pays en une seule île au milieu d’un vaste océan. Selon l’auteur « Ce planisphère rassemble tous les continents dans un ensemble sans discontinuité comme les astronautes peuvent voir la Terre de leur vaisseaux spatiaux. Il aide les hommes à prendre conscience que la planète est un système interdépendant ».
Par Baobald - Publié dans : Projections cartographiques
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Dimanche 18 novembre 2007

Heinrich Bunting dessina cette vision symbolique du monde en 1581, articulé autour de 3 continents principaux connectés en son centre, la ville de Jérusalem. Cette très belle carte est forte en symboles.

 

. 1581-Bunting-clover-leaf-map-small.jpg .
Blason de Hanovre
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Hannover.png C’est une composition artistique, un choix conscient de l'auteur, car les cartographes de l’époque dont faisait partie Bunting avaient une idée beaucoup plus précise de la forme des continents. S’il a choisi en fait la forme d’un trèfle à trois feuilles, c’est en l’honneur de Hanovre, sa ville natale. On retrouve bien ce trèfle sur le blason de la ville allemande.
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Cette carte est inspirée par la représentation chrétienne du monde de l’époque médiévale, avec Jérusalem figurant au centre du monde connu. Bunting rappelle aussi les cartes en T, ou T dans l'O, qui restèrent les mappemondes de référence en Europe du VIIIe siècle jusqu’au XIIe siècle. La représentation d'un monde harmonieux, selon un dessin intelligent, fut progressivement abandonnée sous l'influence du géographe arabe Al-Idrisi.
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Première représentation de la carte en T,
selon Isidore de Séville (VIIe siècle)
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T-and-O-map-Guntherus-Ziner-1472-copie-1.jpg
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Dans la carte en T, l'Afrique, l'Europe et l'Asie s'inscrivent ou flottent dans le O du grand cercle océanique, fatalement infranchissable. Les continents sont divisés par un T dont une branche, la hampe, figure la Méditerranée. Les deux autres branches représentent des fleuves, perçus comme des limites symboliques entre les continents. Le Nil a longtemps marqué la séparation entre l'Asie et l'Afrique, et Tanaïs (l'actuel Don prolongeant la mer Noire) la frontière entre l'Europe et l'Asie.
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Reconstitution supposée (1)
de la carte d'Anaximandre
Anaximander-world-map-fr-copie-1.jpg

Pour ces cartes symboliques, l’Eglise avait récupéré le fond de carte et les conceptions antiques
d’Anaximandre de Milet (610 av. J.-C. – vers 546 av. J.-C.).
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Remarquer qu'il est très probable que le centre de la mappemonde d'Anaximandre soit Milet.
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Délibérément erronée dans son graphisme, la composition de Bunting tient compte des connaissances géographiques de l’époque. C'est la mer Rouge et non le Nil qui sépare l'Asie de l'Afrique. On voit aussi l'esquisse du continent américain. Là encore cela semble être un choix de l’auteur, la plus grande partie de l’Amérique ayant été répertoriée en 1581. Bunting a aussi choisi de ne pas rattacher l'Angleterre au continent européen, mais cela peut paraître surprenant pour le Danemark et la péninsule scandinave, qui était alors sous le contrôle de ce pays.
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Ce que je retiens du dessin de Bunting, c'est que Jérusalem fait office de centre d'influence pour l'Afrique (jusqu'au cap de Bonne Espérance, mais dont l'intérieur est largement ignoré), l'Europe et l'Asie (dont la Chine me semble absente). L'auteur s'est-il imaginé que cette représentation du monde était partagée par l'ensemble des populations comprises sur ces terres ?
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La carte de Bunting est disponible en très grand format (14 Mo) à cette adresse. Toutes les illustrations utilisées pour cet article sont dans le domaine public.
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(1) La carte d'Anaximandre aurait été perdue dans l'incendie criminel de la bibilothèque d'Alexandrie de 1286.
Par Baobald - Publié dans : Qui est au centre ?
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